L'Agriculteur Charentais 07 décembre 2018 à 10h00 | Par Anne Frintz

Terres Inovia, au chevet du colza

Terres Inovia a dévoilé, à Vouillé le 22 novembre, les résultats de ses essais pour réduire la nuisibilité de l’orobanche et des insectes ravageurs sur le colza.

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Il est indispensable de combiner différents leviers de lutte contre l’orobanche, même si, aujourd’hui, ceux-ci ont un effet partiel. Si un levier est actionné seul, son intérêt est encore plus réduit.
Il est indispensable de combiner différents leviers de lutte contre l’orobanche, même si, aujourd’hui, ceux-ci ont un effet partiel. Si un levier est actionné seul, son intérêt est encore plus réduit. - © Agri79

L’orobanche rameuse est une plante parasite du colza. Elle se fixe sur la racine de son hôte et détourne les nutriments à son avantage pour croître et se multiplier. Sa présence devient problématique dans la région.
Durant les trois dernières années, Terres Inovia a donc réalisé cinq essais, à Surgères, pour trouver de nouveaux leviers agronomiques permettant de réduire sa nuisibilité et le niveau d’infestation. Ces recherches ont essentiellement été axées sur la fertilisation.
Malheureusement, les conclusions de ces essais restent mitigées à cause, entre autres, des conditions climatiques, agronomiques et/ou d’une faible pression en orobanche. Certains essais ont même été abandonnés, précisent Christophe Jestin, spécialiste, et Elodie Tourton, ingénieure en développement, qui ont présenté les résultats de ces recherches.

Des essais peu concluants sur l’orobanche

Pour ces deux jeunes de Terres Inovia, il est impossible de conclure et de généraliser d’une possible réduction de l’infestation en orobanche par le levier azote. Par contre, ils ont observé un effet date de semis - ce qui était attendu - : un semi tardif défavorise la plante parasite… mais les attaques d’altises, auxquelles le colza est alors confronté, limitent le recours à ce levier.
La fiente de volaille semble être le fertilisant qui réduit le plus la nuisibilité de l’orobanche sur le colza, ont noté Christophe Jestin et Elodie Tourton. Les leviers déjà connus qu’il convient d’associer pour lutter contre l’orobanche, même s’ils ne sont pas efficaces à 100 %, sont, bien sûr, l’utilisation de variétés à bon comportement vis-à-vis de l’orobanche et une solution chimique, si besoin. Ces solutions, rappellent les techniciens, doivent être complétées de mesures agronomiques et prophylactiques : allonger les rotations, favoriser les cultures «faux hôtes», soigner le désherbage, semer 25-30 plantes/m2 avec une date de semis adaptée à la région, nettoyer les outils et gérer la récolte en planifiant en priorité les parcelles saines, puis celles infestées.
Si la réunion technique régionale de Terres Inovia a fait salle comble, le jeudi 22 novembre, à l’espace régional, sur l’aire Poitou-Charentes, à Vouillé, cette intervention a laissé les auditeurs perplexes… Peu de réactions, peu de questions. L’exposé sur les auxiliaires des cultures a autrement captivé et inspiré l’audience.

Insectes : favoriser la régulation naturelle

Les agriculteurs français, dans plusieurs régions, ont beaucoup de mal à réguler l’altise d’hiver et le charançon du bourgeon terminal, ravageurs majeurs du colza, car ces derniers ont développé des résistances aux insecticides pyréthrinoïdes, réduisant fortement leur efficacité. L’avenir du colza dans l’Yonne, berceau des résistances, en est même menacé.
Dans le contexte actuel de réduction des traitements chimiques, et puisque les pyréthrinoïdes sont de moins en moins efficaces, la solution privilégiée pour limiter les dommages aux cultures liés aux insectes est l’amélioration du potentiel de régulation naturelle des ravageurs par les insectes auxiliaires, leurs prédateurs.
Les auxiliaires des cultures (araignées, carabes, staphylins, au sol ; coccinelles, syrphes, chrysopes, dans les airs ; et aussi hyménoptères parasitoïdes, qui pondent leurs œufs sur, ou dans, leurs hôtes, entraînant leur mort), entomophages, représentent 15 % des arthropodes présents en grandes cultures. Les ravageurs, phytophages, représentent, eux, 18 % des insectes présents.
Afin de favoriser la faune auxiliaire en milieu agricole, trois leviers complémentaires peuvent être actionnés : limiter le travail du sol (perturbateur des rampants et des hyménoptères parasitoïdes qui effectuent une partie de leur cycle - phase nymphale -, dans les premiers centimètres du sol), réduire les applications d’insecticides (qui peuvent tuer les auxiliaires) et augmenter les ressources florales proches (car nectar et pollen constituent la base de l’alimentation de nombreux auxiliaires).

R2D2, un projet pour aider les agriculteurs

Terres Inovia, avec ses partenaires, a créé le projet de territoire R2D2 (financé par l’agence française pour la biodiversité ; appel à projet Dephy Expé Ecophyto) afin d’aider les agriculteurs de l’Yonne à activer et évaluer ces leviers. D’ici à 2023, ils ont pour objectif de mettre en œuvre des systèmes de cultures robustes tirant profit des mécanismes naturels de régulation, sur près de 1 000 ha.
Céline Robert (Terres Inovia 78), lors de sa présentation, a révélé les premiers résultats de R2D2 : le niveau de parasitisme des méligèthes est, malheureusement, extrêmement faible, a-t-il été mesuré au printemps 2018. Les agriculteurs et techniciens présents dans la salle ont demandé à ce que les résultats de l’expérience soient publiées sur les réseaux sociaux, au fur et à mesure. Francis Augris, technicien du Limousin, est particulièrement intéressé : «j’adore l’agronomie. Il y a du raisonnement dans cette approche. Je me rends compte aussi que lorsqu’on met de l’insecticide contre le charançon, c’est pile le moment où cinq des quatorze espèces de parasitoïdes des ravageurs sont présents et actifs dans les champs. Si l’on veut que les prédateurs des ravageurs fassent le ménage, il faut vraiment limiter les applications d’insecticides».

 

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