L'Agriculteur Charentais 23 juillet 2019 à 17h00 | Par Kévin Brancaleoni

Objectif sécurité sanitaire

À Saint-Jean-de-Liversay, l’EARL La Vallée élève des poules pondeuses en cages. Un choix défendu par son propriétaire, qui met en avant les avantages sanitaires, mais qu’il pourrait bien être contraint d’abandonner.

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Christophe et Mathieu Richard, devant l’un des bâtiments de l’EARL La Vallée, qui produit environ 50 000 œufs par jour.
Christophe et Mathieu Richard, devant l’un des bâtiments de l’EARL La Vallée, qui produit environ 50 000 œufs par jour. - © AC

Pour l’EARL La Vallée, l’élevage de poules pondeuses, c’est une histoire de famille. Christophe Richard, 57 ans, l’actuel gérant, a repris en 1992 cette activité fondée par son père et son oncle sur la ferme qui appartenait à leur propre père. Lui travaille avec son fils, Mathieu, 27 ans, qui est l’un des onze salariés partagés entre l’EARL et la SARL (créée pour le commerce des œufs), et dont il espère qu’il reprendra un jour l’entreprise. Pourtant, des incertitudes planent sur l’avenir de l’activité, car l’EARL pratique exclusivement de l’élevage de poules en cages.
Pour Christophe Richard, c’est un choix avant tout sanitaire. L’éleveur met en avant la sécurité qui règne à ce niveau sur son exploitation : les poussins, de race Lohmann, sont achetés à un jour et grandissent dans des bâtiments séparés ; aucun animal en provenance d’un autre élevage n’est introduit. Les cages qu’il utilise, en métal et sans plastique pour limiter les poux, évitent au maximum les contacts entre les œufs et les poules. Une précaution d’autant plus utile que le lavage des œufs est toujours interdit en France, au contraire de ce qui se pratique aux États-Unis. En somme, son exploitation est en tout point conforme aux normes de 2012. Il a d’ailleurs fait d’importants investissements, dont il rembourse toujours l’emprunt, pour pouvoir moderniser ses installations. Mais l’acquisition de ces cages aménagées risque de ne bientôt plus suffire à l’EARL La Vallée pour pouvoir commercialiser ses œufs : décriée, cette forme d’élevage pourrait bien disparaître dans la décennie à venir. Les uns avancent la date de 2022, d’autres celle de 2025…

Miser sur l’alimentation

Face à cette échéance, pour Christophe Richard, c’est l’incertitude. Il reste très dubitatif par rapport au modèle en vogue. « En plein air, les élevages sont davantage sujets aux problèmes sanitaires, explique-t-il. Les poules sont toujours dans un environnement poussiéreux, elles risquent d’attraper des poux… Chez nous, c’est zéro antibiotique. » Il doute que même les poules y trouvent leur compte. « Elles restent là où est l’aliment ; il n’y en a que quelques-uns qui vont sortir. » Et même les plus téméraires ont peu de chance d’aller aussi loin que le voudraient les réglementations. Avec une norme de 4 m2/poule, chaque bâtiment d’élevage de l’EARL devrait disposer d’une surface accessible de... 12 ha. Autant dire que les infrastructures actuelles, concentrées, ne conviennent pas. Quant à la qualité du produit, selon Christophe Richard, elle ne varie pas selon les modes de production, mais dépend plutôt de l’alimentation. C’est sur ce domaine qu’il mise avant tout : les 200 ha de l’exploitation servent majoritairement à la production de blé et de maïs qui entreront dans la composition du grain quotidien des gallinacés. S’y ajoutent des acquisitions de minéraux, ainsi que de soja ou de tourteaux de tournesol, selon les besoins, mais ces apports sont minoritaires. L’exploitation consomme 8 à 9 tonnes d’aliments par jour (soit plus de 3000 tonnes par an), et en achète moins de 200 tonnes par an. « On fait des formules riches en matières premières, on essaie de préserver la qualité, insiste Christophe Richard. Quand on fait un aliment de qualité, on fait un œuf qui est de qualité derrière. »
Pour l’heure, il n’a aucun mal à écouler sa production, car il travaille peu avec la grande distribution : ses clients sont pour beaucoup des boulangers/pâtissiers. Pourtant, avec l’évolution des normes, il pourrait se retrouver contraint à faire de nouveaux travaux de modernisation. Inenvisageable, selon lui : « aujourd’hui, on n’arrive plus à se faire une trésorerie pour renouveller le matériel ». Le dernier chantier de modernisation a entraîné 5 ans sans revenu, jusqu’à la remontée du prix des œufs lors de la crise du fipronil. Si le passage au plein air est rendu obligatoire, il lui faudra sans doute de nouveaux bâtiments, voire de nouveaux sites de production pour continuer à produire des œufs. « Ce ne sera pas moi qui réinvestira des sommes considérables, confie Christophe Richard, mais mon fils, s’il veut continuer dans ce domaine-là. J’en doute... » Ce que confirme l’intéressé. « Pour le moment, je ne suis pas sûr de continuer l’activité avicole. »Pour Mathieu Richard, le passage au plein air, « ce serait envisageable, mais il faut voir ce qu’ils vont nous sortir comme normes ». Il reprendra certainement l’activité céréalière, mais pour la production d’œufs, il est « encore indécis ».

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