L'Agriculteur Charentais 24 mai 2018 à 10h00 | Par Christelle Picaud

«L’agriculture bio devient structurante pour le développement agricole»

Guillaume Rioux, polyculteur-éleveur à Marigny (79) et président de la Fnab encourage les agriculteurs à se réapproprier le secteur tertiaire.

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Guillaume Rioux, président de la Fnab.
Guillaume Rioux, président de la Fnab. - © Agri79

5716 fermes pour 214 958 ha conduits au mode biologique. Le développement se poursuit ?
Mercredi dernier, lors du conseil des ministres, l’agriculture biologique a été citée. Il semble qu’elle soit, dans la tête de ceux qui nous gouvernent, un moyen de revaloriser le revenu des paysans. Elle est aujourd’hui présentée comme l’une des solutions pour sortir l’agriculture des crises récurrentes dans lesquelles elle s’enferme ces dernières années.
Ces annonces font écho aux objectifs du plan ambition bio 2022. Dans le prolongement de l’action portée par le précédent gouvernement, l’actuelle mandature mise sur le développement. Mais, pour que 15% des surfaces soient converties au mode biologique d’ici 2022, il faudra que les intentions se transforment en budget. Dans cet objectif, nous travaillons sur la rémunération des aménités positives de l’agriculture bio. La valeur ajoutée de notre mode de production se trouve dans la qualité du produit et les garanties offertes via la certification. Elle est également dans les impacts positifs des pratiques sur la qualité de l’eau, la biodiversité. Tout ça à un coût pour les agriculteurs. La société doit en supporter la charge.
Les attentes sociétales sur la protection de l’environnement sont de plus en plus fortes. Elles s’expriment alors que l’agriculture dans son modèle actuel ne permet plus aux agriculteurs de vivre sereinement. Cette concomitance nous fait changer d’ère. Nous passons de la structuration de l’agriculture biologique à une agriculture biologique qui devient structurante pour le développement agricole.

Ce changement, cette évolution sort l’agriculture biologique de la confidentialité. Quand on représente, 15%, 20% des surfaces et plus encore puisque tel est votre objectif, comment continuer à bénéficier de la force de la rareté en termes de prix ?
L’agriculture biologique s’est construite et développée jusqu’ici sur des valeurs très fortes. Celles-ci sont très proches des trois piliers du développement durable. Au sein du réseau, nos échanges, débats, travaux portent sur les trois objectifs que sont le développement économique, la préservation de l’environnement et l’équité sociale. Nous sommes vigilants et essayons d’être créatifs dans l’objectif d’asseoir le développement de l’agriculture biologique sans tomber dans la massification. Produire a été le maître mot de l’agriculture conventionnelle. Pour faire face aux surproductions structurelles, la transformation est allée chercher des marchés à l’export. Or, les agriculteurs français ne peuvent s’aligner sur les prix de production des poulets brésiliens, pas plus que sur ceux du porc Danois.
Le modèle en construction, et pour lequel nous n’avons pas toutes les réponses, n’a pas pour ambition de reconstruire l’environnement de l’agriculture conventionnelle auquel on soustrairait la chimie. Non  ! Les agriculteurs doivent se réapproprier le secteur tertiaire. Depuis la nuit des temps, la richesse est dans le commerce. Pour garder une part de la valeur ajoutée, les producteurs doivent retrouver le sens du commerce. Ils doivent également apprendre à maîtriser la production. Enfin, nous devons œuvrer au profit de l’éducation à la nutrition. Le consommateur, parce que sensible à la question de l’alimentation, sera le garant de la réussite de ce modèle.

Les coopératives ne répondent-elles pas à cette nécessité de l’agriculture à s’impliquer dans l’aval des filières ?
Si, mais en développant des stratégies basées sur la production, conduisant à la surproduction, elles créent les conditions défavorables au revenu des agriculteurs. Investir le tertiaire, c’est produire pour un marché. Pour que celui-ci soit rémunérateur, il faut se démarquer et maîtriser les volumes. Si la France veut exporter, qu’elle le fasse avec des produits qui sont le reflet de son identité. Le luxe, la gastronomie, les repas à la française font que chaque année 80 millions de touristes étrangers séjournent dans notre pays. Il y a là de vraies opportunités.
Sur le marché intérieur, il faut être audacieux. On entend que la distribution investit dans les terres agricoles pour maîtriser la production. Et bien, pourquoi, nous, agriculteurs, n’investirions-nous pas dans la distribution. Rien est impossible.

Si l’agriculture souffre d’une crise de confiance de la part du consommateur. Pourquoi l’agriculture biologique y échapperait-elle ?
Le travail des producteurs bio est cadré par un cahier des charges public, géré par l’INAO. Ce statut est un choix en phase avec l’objectif de voir la production biologique gagner un maximum d’agriculteurs. Tout le monde a accès à son contenu. C’est un atout en termes de transparence.
De plus, les maillons de la filière qui adoptent le cahier des charges bio sont contrôlés par un organisme certificateur agréé par les pouvoirs publics. Ce schéma de certification est une garantie.
Cette transparence est un atout pour emporter la confiance du consommateur que nous devons renforcer en acceptant de travailler tous les sujets. L’agriculture biologique repose sur un modèle de polyculture élevage. La question du bien-être animal nous concerne, tout comme celle de la captation des gaz à effet de serre. Si nous n’avons pas toutes les réponses, nous nous soustrairons à aucun débat. La remise en cause permanente est la force de notre réseau.

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