L'Agriculteur Charentais 15 mars 2013 à 18h18 | Par Bernard AUMAILLEY

IRRIGANTS - Faire comme si

Même si la pluie était présente en fin d’hiver, attendue en ce début de printemps, l’eau a toujours une acuité. Exemple à l’ASA Boutonne.

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«Merci de croire encore à l’irrigation et aux réserves.» La petite phrase d’accueil de Cédric Tranquard, président de l’ASA Boutonne, est symptomatique de l’état d’esprit des irrigants, alors qu’ils sont dans l’attente, dans les prochains jours, de la future règle du jeu pour 2013 : l’arrêté cadre. «Quand on a vu passer autant d’eau durant l’hiver…» ajoute-t-il, l’immobilisme en matière de réserves de substitution passe mal. Entre moratoire et fausse annonce de relance, les irrigants disent «vouloir des preuves que le dossier avance.» Moins nombreux que dans les années passées, témoin d’une certaine lassitude à répéter les désirs en la matière, les irrigants de l’ASA Boutonne, en assemblée générale, vendredi dernier à Saint Jean d’Angély, sont résolument tournés vers le «possible. » Ils font comme si. Comme si, les réserves allaient se faire, comme si les études suffisaient ; comme si. C’est aussi la base de leur identité : utiliser l’irrigation et tout mettre en oeuvre pour stocker de l’eau en prévision. Des fondamentaux que Cédric Tranquard se plaît à remémorer.
Une expectative qui ne sied pas aux irrigants. Ils ont déposé un recours auprès du tribunal administratif pour l’arrêté cadre de 2010. Sans réponse à ce jour. Un délai qui étonne Cédric Tranquard. Tout comme l’étonnent les circonvolutions que prend pour naître le syndicat de l’eau, promu par le Conseil général, pourtant porteur de «bonnes choses» pour les irrigants, notamment dans l’ingénierie administrative des dossiers des réserves. «Il existe des réticences. Mais nous sommes pour.» Un «stand by» préjudiciable selon lui à l’avancée des dossiers ; «Nous sommes, sur la Boutonne, les plus avancés sur les dossiers. Nous pourrions ainsi être les premiers à partir. » Il propose que chaque irrigant se fasse messianique pour dire tout le bien d’un tel syndicat. Histoire que la chose avance.
Mais ce qui irrite davantage les irrigants de la Boutonne, c’est la lenteur avec laquelle l’administration, DDTM et Dreal, met à intégrer les dossiers d’instruction des réserves, arguant de mauvaises bases ou des erreurs sur les volumes à prendre en compte. «Notre objectif, proche des 10 Mm3 pour 2017 peut être atteint. Mais la DDTM veut imposer les volumes de 2021 avant la lettre.» Résultat, lassée par ces atermoiements perpétuels, ces contournements ou ces rétractations, l’ASA change de méthode : «maintenant, on prend un avocat !» Méthode que la toute nouvelle association Aquanide entend aussi utiliser pour, régionale, faire entendre la voix des irrigants. On est réellement dans la défense des intérêts.
Il est vrai que la préparation des arrêtés cadre pour la prochaine campagne d’irrigation est en cours. Et fait nouveau, la Charente-Maritime se voit demander, via les associations d’irrigants, son avis sur l’instauration de volumes par décade. Le débat a traversé l’assemblée générale de l’ASA Boutonne sur les avantages et les inconvénients si un tel système venait à être installé, en harmonie avec ce qui se fait dans les autres départements de la région. Certains y voyaient une source de complexité, d’autres une meilleure gestion de l’irrigation des volumes qui lui seraient attribués. Un système qui serait, pour l’heure, départemental et non par bassin. «Cela nous permettrait de mettre 80 à 85 % des volumes» souligne Cédric Tranquard, «avec une liberté de gérer le volume de printemps pour ceux dont les cultures le nécessitent et aux autres d’aller plus loin dans l’été. Avec une possibilité d’utiliser 5 % en septembre» Quant aux discours sur les vidanges en été ou les assecs, Jean-Yves Moizant rappelait les propos de l’ancien DDA, Dominique Defrance : «la Boutonne est une bassine percée.» Comme si les gesticulations estivales étaient vaines.
Cela témoigne aussi que la recherche de la gestion de l’eau est affaire quotidienne, car circulent aussi des propositions de l’EPTB Charente sur des MAE. Propositions dont les membres du conseil d’administration de l’ASA doivent aussi débattre sans créer des MAE «à plusieurs vitesses.» L’ASA Boutonne n’y serait pas favorable. Quant à la MAE Désirrigation, il semble qu’elle ne fasse pas fortune, reléguée à une opportunité pour des exploitants proches de la retraite ou dont les équipements sont vétustes.
Quand les irrigants en viennent à détailler la liste des études entreprises pour satisfaire à diverses obligations, la facture semble salée : entre 1 et 1,2 M€. «L’environnemental fait presque oublier les faisabilités techniques» assure Cédric Tranquard. Pourtant, c’est bien de faisabilité technique que les irrigants ont débattu en fin de réunion avec les ingénieurs du cabinet, venus présenter les «raccordements » aux possibles réserves. Une partie où l’on a fait comme si les réserves étaient réalité, pour ne pas être pris de cours lorsque ce jour arrivera.

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