L'Agriculteur Charentais 02 mars 2020 à 11h00 | Par Kévin Brancaleoni

Des récipients à composter

Installée à Chaniers, la société Lyspackaging crée et commercialise des récipients compostables en « écoplastique », utilisant notamment des déchets agricoles et fabriqués sans pétrole.

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« Ce matériau est vraiment une alternative au plastique traditionnel », explique Nicolas Moufflet, dont l’entreprise Lyspackaging a récemment reçu le trophée PME RMC dans la catégorie « PME créative ».
« Ce matériau est vraiment une alternative au plastique traditionnel », explique Nicolas Moufflet, dont l’entreprise Lyspackaging a récemment reçu le trophée PME RMC dans la catégorie « PME créative ». - © AC

Il envahit les océans, les plages, le bord des routes : le plastique, devenu un enjeu environnemental majeur, ne semble plus si fantastique… Ses aspects pratiques subsistent : il est léger, facile à transporter, assez résistant et facile à modeler. Mais sa gestion, une fois devenu déchet, est un vrai problème. Revenir au verre, réutilisable, sans produits toxiques mais difficile à transporter semble impossible. Mais une société de Chaniers a trouvé une piste intéressante pour ne pas se passer de bouteilles d’eau et autres pots de crème.  
Nicolas Moufflet n’est pas un débutant en matière d’écoconception. Ce natif de St-Georges-de-Didonne a débuté dans ce secteur en 2001, mais ce n’est qu’en 2015 qu’il a créé sa société, Lyspackaging, qui emploie aujourd’hui 15 personnes pour un chiffre d’affaires d’environ un million d’euros. « Au bout de deux ans de recherche et de développement, nous avons mis au point de nouvelles matières qui nous permettent de fabriquer ici des pots, des flacons, des bouteilles… » Une fois cette alternative au plastique traditionnel mise au point, c’est le bureau de design et d’études de la société, en relation avec les clients, qui s’est chargé de la mise au point des moules et modèles ; la société en dispose déjà d’une centaine. L’écoplastique permet de fabriquer les récipients, pour l’agroalimentaire, les cosmétiques, compléments alimentaires… mais aussi leurs bouchons.

En lin, chanvre, roseaux…

Pour fabriquer ses récipients, Nicolas Moufflet ajoute à son mélange dont la recette est gardée secrète (mais qu’il garantit sans produits pétrochimiques) des matières végétales séchées et broyées, réduites en poussière, des « farines » qui vont avoir une forte influence sur l’aspect final du produit. Le lin lui permet ainsi d’avoir une coloration blanche opaque ; quand il le mélange avec du chanvre, la couleur devient plutôt brune. Mais il ne s’est pas arrêté à ces matières classiques, testant par exemple les roseaux, poireaux, carottes, pépins de raisin ou même noyaux d’olives : ces derniers donnent une texture brun-verte mouchetée, pour des bouteilles dont il imagine très bien qu’elles pourraient, demain, accueillir… de l’huile d’olive, pour « une cohérence contenu-contenant ». « Tout ce qui est déchets agricoles, céréales, noyaux, coquilles, coquillages, fibres de bois… On va pouvoir les valoriser en les intégrant dans notre matière pour en faire des emballages. Imaginez quelqu’un qui se retrouve avec du son et ne sait pas quoi en faire : on va pouvoir le récupérer, le réduire en poudre et le mélanger dans notre recette. C’est très intéressant pour la filière. »

Une dégradation très rapide en composteur

Une fois arrivé en fin de vie, l’écoplastique n’est pas recyclable. Nicolas Moufflet est assez critique vis-à-vis du système de collecte actuel, où il y a selon lui beaucoup de pertes et des circuits de retraitement opaques, qui envoient parfois ces déchets à l’autre bout du monde – via des transports au pétrole, évidemment. Il lui préfère le compostage. Placé dans les conditions adéquates (forte humidité, chaleur et présence de bactéries adaptées), le récipient en écoplastique se décompose rapidement. « Soit chez soi, dans sa cuisine, en un ou deux jours dans un composteur si vous avez de la place, soit dans un composteur industriel, où ça va mettre 80 jours parce que le processus est un peu plus lent et la structure un peu plus grosse. » À comparer à la durée de dégradation du plastique classique, de plusieurs centaines… d’années. Quant au prix, il n’est pas beaucoup plus élevé que pour le plastique traditionnel : 15 à 16 cts pour un récipient qui en vaudrait 12 dans le circuit classique. « C’est beaucoup moins cher que du verre », assure Nicolas Moufflet. Il projette de se lancer prochainement sur de nouveaux marchés : des gobelets réutilisables, pour les grands événements, ou des biberons, où la question des plastiques, après les polémiques sur le bisphénol et autres phtalates, est sensible. Si ses bouteilles peuvent disparaître sans laisser la moindre trace, l’entreprise Lyspackaging, elle, n’a sans doute pas fini de faire parler d’elle.

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