L'Agriculteur Charentais 08 novembre 2018 à 09h00 | Par Bernard Aumailley

De la moutarde pour Dubaï

Depuis sa reprise, La Moutarderie Charentaise de Gourvillette cherche des nouveaux goûts et des marchés porteurs.

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De sa toute jeune expérience de cheffe d’entreprise, Nathalie Courrèges tire un premier bilan positif.
De sa toute jeune expérience de cheffe d’entreprise, Nathalie Courrèges tire un premier bilan positif. - © AC

À Gourvillette, la reprise de La Moutarderie Charentaise a suscité l’enthousiasme. L’entreprise emploie cinq personnes dans ce petit village de l’est de la Charente-Maritime, à quelques kilomètres de la Charente et des Deux-Sèvres. Elle a su se faire une clientèle, et même une place au soleil, grâce à une large gamme de produits faits-maison : de la moutarde, bien sûr, mais aussi des vinaigres, des huilles, des bonbons, des confitures, ou même des caramels salés.
La repreneuse, Nathalie Courrèges, déborde de bonne humeur malgré la «paperasse» chronophage qui l’accapare depuis qu’elle est arrivée aux commandes, au printemps dernier. Une occupation qui l’a tenue éloignée de la «fabrication pure» ; pourtant, il lui tarde de «mettre la main à la pâte». Son compagnonnage avec Jérôme Dumoulin, l’ancien dirigeant, s’est achevé (il est parti faire de la culture de piments dans le Périgord) ; à présent, elle mène seule la barque. Avec des défis à relever : nouveaux goûts à inventer, intégration des process, gestion des calendriers de fabrication, prospection de nouveaux marchés… Les semaines sont chargées pour cette rochelaise, pourtant rompue à la manœuvre après 14 ans à l’ARIA (aujourd’hui ANAA).

De nouvelles saveurs en vue

Elle a été séduite par la petite taille de l’entreprise, ses «niches», son unicité. «Les chefs d’entreprise que j’ai côtoyés m’ont donné envie», confie-t-elle. Nathalie Courrèges a repris les salariées, avec «leur savoir-faire» dans les process. Elle veut aussi renforcer «la touche matière première locale», évoquant des producteurs charentais de moutarde (les graines viennent aujourd’hui du Canada), misant sur du sel, des beurres, des miels de provenance locale. Le tout devrait permettre d’assurer aussi une meilleure maîtrise des matières premières, sans intermédiaires. La gamme actuelle va perdurer : une trentaine de moutardes, anciennes ou fines, qui seront bientôt rejointes par de nouvelles saveurs. «On doit étonner avec des associations différentes», explique-t-elle. Promis pour janvier prochain, ces nouveaux goûts devront être «un accompagnement des plats».
Du développement interne, donc, mais en conservant l’esprit de la Moutarderie Charentaise. «Pas question d’aller rivaliser avec les marques des distributeurs ou Maille…», souffle-t-elle. Le packaging est important, elle en convient, «mais l’essentiel sera dans le goût : le consommateur est curieux, exigeant, volatile, zappeur».

« Une opportunité »

Nathalie Courrèges a tout de même quelques ambitions de développement, notamment à l’international. «L’export est formateur, car il oblige à travailler différemment, ouvre l’esprit. C’est exigeant en termes de formalités. La niche est une valeur ajoutée.» Elle participe actuellement à une mission avec Horizon International dans la péninsule arabique. «Dubaï est une opportunité», affirme-t-elle, «cela peut être une piste». Sans étude de marché sur ce «pays neuf», elle répond avec un grand sourire aux questions en présentant ses nouveaux caramels aux noix. «Il faut avoir de l’intuition. Oser. Ne pas avoir peur de se tromper. Ce ne sont pas d’énormes investissements.» Elle compte faire un voyage de prospection, moins coûteux qu’une étude. «Et je les aurai en face…» Elle espère s’appuyer sur des partenaires et intégrer une démarche collective, peut-être un importateur appuyé par Business France. Elle s’intéresse aussi au marché du sultanat d’Oman. Deux débouchés qui pourraient lui permettre de «conforter» ses «marchés domestiques».
En attendant que ces pistes se concrétisent, elle continue le développement de nouveaux produits. «J’utilise ma cuisine comme laboratoire !», avoue-t-elle. «J’aurais du mal à vendre quelque chose que je n’aime pas.» Ses cobayes sont variés, de son cercle proche aux acheteurs des GMS. En préparation ? Des bonbons, en sucre cuits, pour surfer sur la note «d’antan», pour lesquels elle doit trouver «la bonne présentation pour mettre en avant le savoir-faire». Des présentoirs aux couleurs de la Moutarderie, pour des têtes de gondole, trônent dans la réserve. Elle espère que l’innovation lui permettra d’investir les rayons épicerie fine des GMS. «Le graal serait la double implantation : produits régionaux et épicerie fine…»

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