L'Agriculteur Charentais 04 octobre 2018 à 11h00 | Par Laurent Ruck - Élodie Tourton

Comment gérer les pucerons avec le retrait des néonicotinoïdes

Le puceron vert du pêcher, le puceron cendré du chou, le puceron du navet peuvent coloniser le colza à l’automne.

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Parmi les menaces, le puceron vert du pêcher, le plus redouté.
Parmi les menaces, le puceron vert du pêcher, le plus redouté. - © Terres Inovia

Les conditions météo de septembre ont favorisé l’apparition précoce du puceron sur colza. Les infestations sont très variables d’un secteur à l’autre et d’une parcelle à l’autre. En effet, selon les BSV, le seuil de nuisibilité (20% de plantes porteuses de pucerons) n’est pas atteint en Poitou-Charentes, Pays-de-la-Loire, Bretagne et Ile-de-France. Quelques parcelles l’atteignent en région Centre et Normandie.
Avec le retrait des néonicotinoïdes (Proteus, Horeme V200…), il n’existe plus d’insecticide en végétation efficace sur le puceron vert. Les traitements superflus à base de pyréthrinoïdes et pyrimicarbe sont à bannir du fait des phénomènes de résistance et dans le but de préserver la faune auxiliaire. L’arrivée de variétés de colza résistantes à la jaunisse résout-elle tous les problèmes?

Le puceron vert est le plus redouté

Le puceron vert (Myzus persicae) est considéré comme le vecteur de virus le plus efficace. Il est très fréquent et représente le plus grand enjeu dans les bassins de production de colza.
L’analyse du Réseau de Surveillance Biologique du Territoire (RSBT) depuis 2010 a montré qu’en moyenne 40 % des parcelles de colza étaient porteuses de pucerons verts. Ce pourcentage fluctue selon les années et les régions.

Résistance forte du puceron vert aux pyréthrinoïdes et au pyrimicarbe

Le puceron vert est le seul des 3 pucerons à manifester des résistances aux pyréthrinoïdes, depuis 1997, et au pyrimicarbe, depuis 2008. Avec le retrait des néonicotinoïdes (Proteus, Horeme V200…), il n’existe plus aujourd’hui de solution efficace à coup sûr en végétation pour lutter contre le puceron vert.
Terres Inovia met tout en œuvre pour que de telles solutions soient à nouveau rapidement disponibles (évaluation, demande de dérogation et autres démarches règlementaires).

Proscrire les traitements inefficaces sur pucerons !

En l’absence d’alternatives aux pyréthrinoïdes et à l’association pyréthrinoïde + pyrimicarbe (KARATE K), des applications répétées de pyréthrinoïdes pourraient se pratiquer à mauvais escient en particulier pour chercher à lutter contre les pucerons verts. Cette piste est à proscrire car contre-productive : le risque de réduire la régulation naturelle par les auxiliaires sans tuer les pucerons résistants a déjà été démontré (Essai CETIOM, Béziers 2000).

Du bon usage des variétés résistantes à la jaunisse comme alternative aux insecticides

Plusieurs variétés de colza sont dotées d’une capacité à résister partiellement au virus de la jaunisse. ARCHITECT est celle qui a connu un essor significatif depuis son inscription en 2016.Terres Inovia et ses partenaires ont montré que, à la suite d’une infestation de pucerons, cette variété présente 10 fois moins de plantes atteintes par la jaunisse. La «charge virale» est aussi plus faible que pour une variété «classique» et dans les essais les plus fortement touchés, le rendement est significativement moins affecté sur ARCHITECT que sur une variété classique.
En raison du contexte réglementaire et des bonnes performances de rendement qu’offrent certaines de ces variétés, la tentation est grande de recourir exclusivement à ces ressources génétiques.  Il faut rester prudent sur la diffusion à grande échelle de ces variétés dont la résistance à la jaunisse est partielle. En effet, le risque de contournement de cette résistance potentiellement fragile reste à évaluer.
Enfin, ces variétés ne sont pas résistantes aux mosaïques, que l’on retrouve également sur colza, bien que beaucoup plus rarement.

Effets non intentionnels sur les autres coléoptères ravageurs du colza

Le retrait des néonicotinoïdes aura aussi un impact sur la gestion d’autres ravageurs comme à l’automne les altises ou le charançon du bourgeon terminal ou les méligèthes au printemps. Se priver d’une famille chimique pourrait accentuer la pression sur les solutions restantes moins nombreuses à l’automne. La vigilance devra s’accroître et la mise en œuvre de méthodes préventives en lien avec la qualité de l’implantation du colza seront à rechercher inéluctablement.

 

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