L'Agriculteur Charentais 11 juillet 2013 à 10h33 | Par Myriam Tricoci

Christian Huyghe - «La diversité se maintient, mais se transforme»

Directeur scientifique adjoint «agriculture» de l’INRA.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
- © M.Tricoci

On entend souvent dire que la diversité diminue. Est-ce vrai ?
Il faut d’abord expliquer que la biodiversité est une chose très globale. Et que, depuis l’invention de l’agriculture, l’homme a transformé les paysages. Il a pesé sur les milieux. Il est vrai aussi qu’alors que l’homme utilisait une centaine d’espèces au néolithique, il y a aujourd’hui, une dizaine d’espèces - dont le blé, le riz et le maïs - qui font 80 % de l’agriculture actuelle. Enfin, la biodiversité se traduit aussi dans la diversité génétique. Il y a, d’ailleurs, sur le sujet une étude très intéressante sur l’évolution du blé tendre de 1912 à nos jours. Globalement, du début à la fin du xxe siècle, la diversité a chuté. Entre 1950 et 1970, il y a eu une forte réintroduction de diversité liée aux flux mondiaux et à l’arrivée de nouveaux obtenteurs. Aujourd’hui, on trouve la même diversité, mais différemment. En effet, le blé cultivé dans les années 1970 était majoritairement destiné au fourrage, c’est aujourd’hui essentiellement du blé panifiable. Il n’y a donc pas de disparition, mais une organisation différente.

Quel est le rôle de la recherche agronomique dans cette diversité ?
Son rôle est multiple. En étudiant cette diversité, elle offre des ressources pour l’avenir et maintien un patrimoine. Il faut comprendre l’ensemble, comprendre comment cette diversité est organisée et caractériser les marqueurs moléculaires. Sur les vaches laitières, par exemple, la diversité des réseaux de gènes sont structurés par la sélection agricole. Notre rôle, c’est donc d’utiliser cette diversité au mieux pour maximiser le gain, aller le plus vite possible sans, pour autant, perdre de la diversité « neutre » qui pourra servir à l’avenir. La connaissance est notre cœur de métier. C’est une ressource pour l’innovation.

Justement, comment envisagez-vous l’avenir de cette diversité ?
Le système productif actuel, avec des rotations très courtes, est un système ultra-fragile. On peut allier productivité et respect de l’environnement. Cela peut passer par l’introduction d’une diversité fonctionnelle. Pour schématiser, on peut allier culture d’hiver et de printemps en ajoutant, par exemple, une betterave sur une rotation blé/colza. La flore adventice locale sera ainsi moins spécialisée et plus facile à contrôler. On pourra ainsi choisir d’enrichir le sol ou d’apporter des pollinisateurs par ce biais. Et, dans ce contexte, augmenter la durabilité, c’est-à-dire être aussi performant au niveau environnemental qu’économique. À l’avenir, c’est ce type de démarche qui augmentera la capacité de production et la sécurité alimentaire.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Agriculteur Charentais se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui