L'Agriculteur Charentais 01 mars 2018 à 14h00 | Par l'Agriculteur Charentais

Apprentissage : Les métiers de l’agriculture évoluent

Une réflexion sur l’évolution à venir des métiers, qualifications et emplois liés à l’enseignement technique agricole a été menée par le Centre d’études et de prospective.

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Les élèves sont de plus en plus jeunes et aujourd’hui, un sur deux est une fille.
Les élèves sont de plus en plus jeunes et aujourd’hui, un sur deux est une fille. - © C. Gérard

L’enseignement agricole concerne 2,5 % des jeunes en formation dans le second degré et le supérieur, que ce soit par la voie scolaire ou l’apprentissage, auxquels s’ajoutent les stagiaires en formation continue. Pour cette étude, seul l’enseignement technique agricole, de la 4e au BTS, en lien direct avec le marché du travail, a été couvert, les filières générales et l’enseignement supérieur long étant hors du champ de travail. A la rentrée 2016, près de 200 000 jeunes étaient inscrits dans 811 établissements (216 lycées publics, 367 maisons familiales et rurales, 216 lycées agricoles privés et 12 centres médico-éducatifs) et 60 % d’entre eux ont opté pour l’internat. L’enseignement technique agricole s’appuie sur plus de 15 000 agents de l’Etat (82 % d’enseignants) auxquels s’ajoutent les personnels mis à disposition par les Conseils régionaux ou directement recrutés par les établissements. Au total, en 2015, le budget consacré à l’enseignement agricole s’élevait à 1,7 milliard d’euros, dont 6 % consacrés aux 32 % d’élèves boursiers. Les parents des élèves de l’enseignement agricole sont de plus en plus souvent ouvriers ou employés et les enfants d’agriculteurs ne représentaient plus, en 2015, que 12 % des élèves alors qu’ils constituaient plus de 40 % des effectifs trente ans plus tôt. La majorité des élèves préparent un bac professionnel dans le secteur des services. Les élèves sont de plus en plus jeunes et un sur deux est aujourd’hui une fille. La filière générale et technologique s’est renforcée, avec un tiers des effectifs en 2015. Au sein de la filière professionnelle, le secteur de la production agricole n’a cessé de reculer depuis 25 ans, au profit de celui des services et, dans une moindre mesure, de l’aménagement et de la forêt : en 2015, les services sont la première filière de formation de l’enseignement technique agricole, avec 43 % des élèves, pour l’essentiels dans la filière SAPAT (Services aux personnes et aux territoires). Le secteur de la production concerne un tiers des élèves, le quart restant se consacrant aux domaines de la transformation et de l’aménagement. Les services à la personne concentrent à eux seuls près de la moitié des filles des lycées agricoles. A l’inverse, la proportion de filles dans les secteurs de la production et de l’aménagement du territoire reste faible. Les bacheliers professionnels constituent désormais plus d’un tiers des diplômés de l’enseignement agricole ; 30 % des diplômés du bac pro poursuivent désormais leurs études en BTSA. Les diplômes se sont «dé-spécialisés», en préparant à des métiers plus génériques : le CAP agricole comporte désormais 9 spécialités contre plus de 30 en 1980. Mais si les formations proposées sont plus générales, les parcours de formation se sont pour leur part diversifiés.

Insertion professionnelle


Le ministère de l’Agriculture a délivré en 2015 plus de 80 000 diplômes, du CAP au BTS. Si les diplômes sont majoritairement obtenus par voie d’examen (84 %), notamment pour les élèves et apprentis, ils peuvent aussi l’être par l’acquisition d’unités capitalisables (dans 14 % des cas pour les apprentis et les adultes) ou par la validation des acquis de l’expérience (VAE, pour 2 % des diplômés. Le taux de réussite à l’examen depuis 2011 dépasse 80 %, voire 90 %. La majorité des diplômés de l’enseignement technique agricole poursuit ses études, si les titulaires d’un CAP poursuivent dans l’enseignement agricole, c’est moins le cas pour les bacheliers professionnels qui optent pour des formations hors enseignement agricoles (santé et services). Il en va de même avec les diplômés d’un BTS qui rejoignent très souvent l’enseignement supérieur général. Parmi ceux qui entrent dans la vie active, le taux net d’emploi augmente avec le niveau de diplôme : de 68 % pour les titulaires d’un CAP à plus de 80 % pour les bacheliers professionnels et les techniciens supérieurs. On constate que les jeunes formés par apprentissage sont plus souvent en emploi que les diplômés par voie scolaire, même si cet avantage s’amenuise avec le niveau du diplôme. Les diplômés travaillent en début de carrière dans les secteurs professionnels liés à leur formation et à leur diplôme. Le niveau de formation est déterminant : les titulaires d’un CAP sont moins souvent en CDI (39 %) que les bacheliers (50 %) et les techniciens supérieurs (64 %). La proportion d’indépendants en sortie d’études reste faible : de 5 % pour les diplômés d’un CAP à 11 % pour les titulaires d’un BTSA.

Recrutements


La production agricole et forestière, l’environnement, l’agroalimentaire et les services à la personne concentrent une grande partie des recrutements à l’issue de l’obtention d’un diplôme agricole. En 2017, l’agriculture et la forêt comptaient environ 740 000 emplois en équivalent temps plein (ETP), l’agroalimentaire 690 000 ETP, l’aide à domicile 540 000 ETP et les activités liées à l’environnement et au paysage 480 000 ETP. En vingt ans, les emplois dans l’agriculture et l’agroalimentaire ont sensiblement reculé alors qu’ils ont progressé dans les services à la personne. Le nombre de chefs d’exploitation a été divisé par deux en 25 ans tandis que le salariat s’est développé. Avec plus de 40 % des effectifs de plus de 50 ans, les départs en fin de carrière devraient être nombreux au cours de la prochaine décennie. Bien que continuant à perdre des emplois, à un rythme toutefois moindre, les secteurs agricoles, forestiers et de la pêche devront donc susciter de nouvelles vocations auprès des jeunes. Ces derniers devront avoir des compétences plus affirmées en économie : l’évolution vers des système agricoles performants et économes en intrants, par exemple, s’appuie sur un calcul de la marge nette et non plus du seul chiffre d’affaires.
Les emplois du secteur agroalimentaire sont concentrés pour plus de la moitié, dans l’industrie agroalimentaire. Les deux tiers de ces emplois industriels correspondant à des postes d’ouvriers. La dynamique est favorable pour les techniciens, mais le secteur devrait aussi recruter des ouvriers. Et si le besoin de main d’oeuvre est avéré, les difficultés de recrutement le sont aussi. Les principaux emplois liés à l’environnement sont plus difficiles à quantifier, n’étant pas explicitement prévues dans les nomenclatures d’activité ou de métiers. Si l’on se limite aux éco-activités, la dynamique de création d’emplois s’essouffle. Hors agriculture biologique, les effectifs stagnent, fortement tributaires des politiques publiques. Les enjeux du secteur portent sur l’ampleur des renouvellements attendus, notamment dans le domaine de l’énergie et de la gestion des déchets et sur la croissance effective de certains domaines liés à la construction ou à la dépollution des sites et aussi sur le verdissement progressif de l’économie. Le secteur des services à la personne regroupe les activités de garde des enfants, l’assistance aux personnes âgées ou dépendantes et l’entretien ménager. Il concentre 5 % des emplois salariés et les employeurs sont en majorité des particuliers. Ces emplois qui sont beaucoup localisés en zone rurale sont très majoritairement occupés par des femmes (90  %), pas ou peu diplômées, dont un quart a plus de 55 ans. La dynamique du secteur devrait se confirmer dans les prochaines années. «Les perspectives des secteurs d’emploi des diplômés de l’enseignement agricole mettent en évidence la nécessité de renforcer l’attractivité de certains métiers, sous peine de tensions importantes au niveau des recrutements. Compte tenu des bouleversements que connaît le marché du travail, il convient de s’interroger sur les compétences attendues ou nécessaires et sur les modalités d’acquisition» conclut Muriel Mahé qui travaille au centre d’études et de prospectives.

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