L'Agriculteur Charentais 09 janvier 2014 à 08h00 | Par bernard Aumailley

Daniel Seguin - L’eau, c’est avant tout une économie

Président de l’Acime

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- © AC

2013, année pluvieuse, mais année inutile ?
Effectivement, on ne tient plus compte des années humides. Le rouleau compresseur est engagé au niveau régional et ne s’arrêtera pas. On ne veut plus voir l’irrigation ! Les moyennes ne servent à rien. Nous n’avons pas de cours d’eau réalimenté. Nous ne sommes pas en montagne. D’où nos difficultés en été. On accuse l’irrigation, mais on s’aperçoit en fin de compte, comme en 2013, avec des niveaux corrects que l’irrigation n’a pas un impact si défavorable sur la situation des nappes.

Le raisonnement sur les DOE n’est-il pas biaisé au départ avec des objectifs impossibles à atteindre ?
Bien sûr que oui.  Des cours d’eau même en situation humide n’atteignent pas les DOE. La barre est beaucoup trop haute. Ce n’est pas le cas des autres régions ! Les marches pour atteindre ces DOE sont très hautes à sauter. Personne en France n’a de telles marches ! Même sur les bassins où l’échéance est repoussée à 2017 ou 2021. On ne nous demande pas si nous pouvons franchir ces marchés économiques. Ils veulent que nous la franchissions, quelle que soit la casse. Certains bassins n’auront à terme plus d’irrigation et les conséquences économiques seront lourdes. Les cultures seront très vulnérables. Cela va générer des conflits entre bassins irrigants et les autres. C’est source de conflits d’intérêts. 

Faut-il donc s’attendre à un nouveau tour de vis cette année ?
Bien sûr. Les bassins qui doivent atteindre l’équilibre en 2015 doivent avaler encore des baisses. Sur certains bassins, la marche sera très haute. Cela représente 15 % par an en moins. Les exploitants ne renouvellent plus leur matériel d’irrigation ! C’est grave. C’est de la valeur ajoutée qui disparaît. Les années où il fera sec, il n’y aura pas de récoltes et seulement les assurances rendement. Aujourd’hui, on ne regarde pas l’économie. On ignore les dégâts. On pense que les agriculteurs vont s’adapter… C’est pas pareil de produire 60q/ha de blé là on l’on produisait 110-120q.ha de maïs. C’est la moitié du volume, la moitié traitée, la moitié transportée, commercialisée ou exportée. L’adaptation se fait en perdant la moitié des exploitations. 

Le discours sur les «dossiers béton» sur les réserves n’est-il pas lassant ?
Tant qu’on laissera des groupuscules faire, nuire, il en sera ainsi, même avec des dossiers béton. La profession n’a pas les moyens d’aller constamment au tribunal, refaire les études coûteuses, etc. il n’y a pas de volonté politique et l’administration n’est pas spécialement là pour nous aider ! Le syndicat mixte n’est pas la panacée… C’est un moyen, mais qui ne nous garantira pas des procédures juridiques. Il n’a pas les moyens humains. Pas plus que les ASA. Chaque association va monter ses propres dossiers, pas le syndicat mixte. Même les réverses pleines ne peuvent pas être utilisées. C’est impressionnant ! Economiquement, c’est un non-sens. Ce ne sera pas plus simple avec le syndicat mixte. L’eau est une richesse économique. Mais en face, ils ne l’ont pas compris.

Vous êtes un peu Don Quichotte et ses moulins à vent…
Un petit peu. On espère qu’au ministre de l’Environnement, on comprenne que l’irrigation, après des hivers pluvieux, est une richesse et qu’il faut retenir l’eau qui passe à ce moment-là. On ne peut pas intéresser les jeunes s’il n’y a pas d’assurance revenu. Même les banques pour investir.

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